Le RI-IBM France 2026 ne publie pas seulement un score global. Il décompose la satisfaction citoyenne en cinq domaines distincts — et c'est dans cette décomposition que la donnée la plus structurante apparaît : la sécurité cumule la priorité citoyenne la plus forte et le score de satisfaction le plus faible. C'est la définition exacte du gap attente–satisfaction.
Domaine le moins bien noté du RI-IBM France 2026
Ce chiffre est le plus bas enregistré dans le RI-IBM. Il contraste avec le score de la culture — domaine le mieux perçu à 62/100 — soit un écart de 34 points au sein du même indice. L'insatisfaction des Français vis-à-vis de leur municipalité n'est donc pas uniforme : elle est concentrée, précise, et pointe vers un domaine en particulier.
Les 5 domaines du RI-IBM — comparaison
Ce classement révèle une logique claire. Les domaines où la municipalité est perçue positivement — culture (62), éducation/écoles (55) — sont précisément ceux où l'action locale est visible, tangible, et directement attribuable à l'équipe municipale.
Les domaines où le score s'effondre — sécurité (28), voirie (38) — sont ceux où le citoyen ressent un décalage entre l'attente et le résultat perçu, et où la responsabilité entre communes, État et autres acteurs est plus diffuse.
Ce que disent les données nationales
Le résultat RI-IBM sur la sécurité s'inscrit dans un contexte de données nationales cohérent. Ipsos mesurait en février 2026, à l'approche des municipales, que la sécurité était devenue la première attente des Français envers leur futur maire (45%) — devant les services de proximité (34%) et l'environnement (32%).
Ce chiffre représente une évolution significative depuis les municipales 2019 — où l'environnement dominait à 47% et la sécurité n'était citée qu'en troisième position à 34%. En sept ans, la sécurité est devenue la préoccupation numéro un, progressant de 11 points.
Le gap attente–satisfaction : la structure centrale
La donnée centrale que le RI-IBM met en lumière révèle une structure que les données officielles permettent désormais de mesurer : la sécurité est la priorité la plus citée par les Français pour les municipales 2026 (45%) — et c'est simultanément le domaine où la satisfaction vis-à-vis de l'action municipale est la plus faible (28/100).
Ce n'est pas une contradiction. C'est la définition exacte du gap attente–satisfaction : l'attente est forte, la perception de l'action reçue est faible, l'écart est maximal. Cet écart de 17 points entre la sécurité et le deuxième domaine le moins bien noté (voirie : 38/100) signale une zone de rupture perceptive — là où l'action publique perçue est la plus éloignée de l'attente déclarée.
Ce que les données officielles mesurent
Les statistiques officielles sur la criminalité et la délinquance — publiées par le Ministère de l'Intérieur — présentent une image plus nuancée que le ressenti déclaré. Sur la décennie 2014-2024, certaines catégories d'infractions ont baissé objectivement, d'autres ont progressé.
Ce décalage entre statistiques officielles et ressenti citoyen est documenté. Plusieurs rapports institutionnels, dont ceux de l'OCDE et du CEVIPOF, documentent que la perception de l'insécurité par les citoyens ne suit pas nécessairement l'évolution des statistiques de criminalité — et que cet écart de perception constituait en lui-même un problème d'ordre public.
Ce que ça signifie pour les municipales 2026
Les élections municipales de mars 2026 se sont déroulées dans ce contexte. Les maires sortants ont été globalement reconduits — le RI-IBM indique que 58% des Français souhaitaient la reconduction de leur équipe municipale. Pourtant, sur le domaine sécurité, la satisfaction reste la plus basse de tous les indicateurs.
Ce résultat pointe vers une réalité que les données permettent de formuler sans jugement : la reconduction d'une équipe municipale ne signifie pas la satisfaction sur tous les domaines qu'elle gère. Les Français peuvent plébisciter leur maire sur la culture ou les écoles tout en exprimant une insatisfaction marquée sur la sécurité.
Ce phénomène de responsabilité fragmentée est structurel : la sécurité relève simultanément de la police municipale, de la police nationale, de la justice et des politiques de prévention — des compétences partagées entre la commune, l'État et d'autres acteurs. Le citoyen adresse son insatisfaction à son maire ; le maire ne détient qu'une partie des leviers. Cet écart entre responsabilité perçue et responsabilité réelle est lui-même un indicateur du fonctionnement institutionnel local, directement lié au gradient de confiance institutionnelle mesuré par le CEVIPOF.
Écart entre le niveau d'attente citoyenne sur un domaine (mesuré par les priorités déclarées) et le niveau de satisfaction perçue sur ce même domaine (mesuré par le score RI-IBM). Sur la sécurité : attente 45% (priorité n°1) vs satisfaction 28/100 (score le plus bas). Ce gap est aggravé par la responsabilité fragmentée — la sécurité relevant de compétences partagées entre commune et État.
- RI-IBM Ressento — Indice du Bilan Municipal France 2026 · Mars 2026 · ressento.com/indices/ibm
- Ipsos/CESI pour CEVIPOF — Enquête électorale municipales 2026 · Février 2026 · cevipof.com
- CEVIPOF/AMF — Observatoire de la démocratie de proximité · Juin 2025 · sciencespo.fr/cevipof
- Ministère de l'Intérieur — Statistiques de la délinquance 2024 · interieur.gouv.fr
- OCDE — Government at a Glance 2024 · Satisfaction avec les services publics · oecd.org